Alexandrie ottomane et moderne
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Sources de l’histoire d’Alexandrie à l’époque ottomane (2003)

Dans le cadre du projet de recherche « Alexandrie, cité portuaire méditerranéenne à l’époque ottomane (XVIe-début XIXe siècle) », une première table ronde s’est déroulée du 30 octobre au 1er novembre 2003 dans une des salles de conférence de la Bibliotheca Alexandrina. Cette rencontre a bénéficié de l’appui financier de la région PACA, de l’Université de Provence et de l’IREMAM ainsi que du soutien matériel de la Bibliotheca Alexandrina, du CEAlex et de l’IFAO. Elle a permis de réunir 24 chercheurs égyptiens. Les exposés ont porté sur la présentation des sources de l’histoire ottomane d’Alexandrie dont voici le détail.

La première séance a été consacrée aux sources orientales.
Samih ’Id (CEDEJ) a donné un aperçu sur l’ensemble des registres de la collection « Mahkamat al-Iskandariyya », conservée aux Archives nationales égyptiennes du Caire. Il s’agit de 337 registres couvrant une période allant de 1550 à 1922. Il a montré la grande diversité à la fois des documents et des registres. Pour la période qui nous intéresse jusqu’en 1810-11, la collection comprend en particulier deux registres contenant à peu près exclusivement des échanges de correspondances, généralement en osmanli, entre les autorités locales d’Alexandrie et les institutions au Caire et à Istanbul.
Magdi Girgis (Université du Caire) a émis un certain nombre de remarques sur l’utilisation des registres comme source d’information. Il conviendrait en particulier de tenir compte des rapports établis entre la population et l’institution du mahkama et de s’interroger sur les conditions de production de ces documents.
Husâm ’Abd al-Mu’tî (Centre national de recherches aux Archives du Caire), à partir de l’exemple des négociants maghrébins, a montré combien d’autres séries de registres, en particulier celles du Caire, pouvaient être riches d’informations sur la ville d’Alexandrie et ses relations avec les autres villes et régions de l’Egypte.
Nâsir ’Uthmân (Université d’Assiyut), à travers l’exemple de la production et du commerce des textiles, a insisté sur la complémentarité entre les documents du mahkama d’Alexandrie et de celui de Rosette. 
Nâsir Ibrâhîm a fait ressortir la complémentarité des sources françaises relevant de l’expédition de Bonaparte et des documents du mahkama, à propos des négociants et artisans d’Alexandrie durant cette période.
Farûq Hoblos (Université de Tripoli, Liban) a montré l’intérêt des documents du mahkama de Tripoli, ainsi que ceux du consulat de France à Tripoli et Sayda pour l’histoire d’Alexandrie et de ses relations avec la côte syrienne à partir de la fin du XVIIe siècle.
Ibrahim Güler (Université d’Istanbul) a donné quelques exemples de documents relatifs à Alexandrie au XVIIIe siècle, conservés dans les très riches archives du Bashbakanlik d’Istanbul.
Dalenda Larguèche (Université de la Manouba, Tunis), à partir de sources tunisiennes et en particulier le chroniqueur Maqdîsh, a apporté des éléments sur la perception d’Alexandrie par les Maghrébins durant la seconde moitié du XIXe siècle.

La seconde séance a porté sur les sources occidentales.
André Raymond (Université de Provence-IREMAM) a constaté la faible occurrence d’Alexandrie dans les sources consulaires française de Tunis, à partir d’un sondage réalisé dans les documents du consulat de France à Tunis publiés par Granchamp et portant sur la période 1681-1705. Cependant, ces documents apportent des informations très utiles sur la navigation et le commerce, mais restent totalement muettes sur la situation politique.
Michel Tuchscherer (Université de Provence-IREMAM) a succinctement présenté les principaux fonds d’archives français contenant une documentation substantielle sur Alexandrie ottomane et ses relations avec la France. Il s’agit : à Marseille des Archives municipales, de celles de la Chambre de commerce et de celles du Département des Bouches du Rhône ; à Toulon des Archives de la Marine ; à Paris des Archives nationales, de celles du Ministère des Affaires étrangères et de celles de la guerre à Vincennes ; à Nantes des Archives diplomatiques.
Gilbert Buti (Université de Provence-TELEMME), bien qu’ayant dû renoncer au dernier moment à participer à la table ronde, a néanmoins fait parvenir le texte de sa communication. Elle a concerné deux "mains courantes de la chancellerie d’Alexandrie" actuellement conservées aux archives de la Marine de Toulon. L’une, de près de 900 folios, porte sur une période allant de novembre 1694 à avril 1702, la seconde comprenant deux gros registres couvre une période allant de décembre 1753 à juillet 1768. Ces documents fournissent d’abondantes informations sur le fonctionnement de la nation française d’Alexandrie, sur les affaires sociales des personnes, résidentes ou de passage, relevant du consulat, ainsi que sur la vie économique et tout particulièrement le trafic maritime.
Vera Costantini (EHESS, Paris) a évoqué les sources vénitiennes du XVIIIe siècle. Le nombre élevé de documents que recèle le Archivio di Stato en raison d’un regain de l’activité des négociants et des consuls vénitiens à Alexandrie au cours du XVIIIe siècle.
Giulio Fenicia (Université de Bari, Italie) a montré combien la documentation dans les archives de Dubrovnik, l’ancienne Raguse, pouvait être éclairante sur les activités commerciales entre le port égyptien et l’Adriatique au XVIe à travers une analyse de près de 150 volumes tirés des séries Diversa Notariae, Diversa Cancelleriae et Diversa Navigationis, couvrant une période allant de 1517 à 1568.
Daniel Panzac (Université de Provence-IREMAM) a présenté une source privée, la correspondance d’une famille de négociants marseillais Balthalon établie à Alexandrie à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.

La troisième séance a été réservée aux voyageurs.
Ouded Sennoune (Université de Lyon) a présenté son travail de collecte de textes de voyageurs européens sur Alexandrie, allant de l’époque médiévale jusqu’au début du XXe siècle. Elle a dès à présent enrichi de manière très substantielle le fonds initial collecté par Volkoff et amorcé un travail de recherche sur les okelles à partir de ces récits.
Nacereddine Saïdouni (Université de Koweit) a rassemblé une cinquantaine de récits de voyageurs maghrébins, dont une trentaine d’Algériens. La plupart ont visité Alexandrie en qualité de pèlerin en route vers les villes saintes d’Arabie. Leurs récits sont donc particulièrement riches sur les édifices religieux d’Alexandrie, les pratiques sociales autour des multiples mausolées et le milieu des ulémas locaux auxquels ils rendaient généralement visite.
Jean-Louis Bacqué-Grammont a évoqué deux grands descriptions ottomanes d’Alexandrie, celles de Piri reis et d’Evliya Celebi. Il a établi les textes à partir des sources manuscrites et achevé une traduction en français qui sera prochainement publiée.

La quatrième séance s’est déroulée autour du thème du terrain comme source pour l’histoire d’Alexandrie à l’époque ottomane.
Philipp Speiser (Technische Universität, Berlin) a montré quel parti on pouvait tirer d’une analyse de la Description de l’Egypte pour une compréhension de l’architecture civile d’Alexandrie à l’époque ottomane.
Isabelle Hairy (Centre d’Etudes alexandrines, Alexandrie), à partir d’une analyse sur la très longue durée allant de l’Antiquité au XIXe siècle, a fourni des données techniques très précises et des hypothèses très stimulantes sur les questions de l’approvisionnement et de la distribution de l’eau à Alexandrie. Elles serviront de base et de cadre de réflexion à toute recherche à venir sur la question pour la période ottomane.
Catherine Machineck (Centre d’Etudes alexandrines, Alexandrie) a présenté ce que révèlent les données archéologiques sur les transformations de la forteresse de Qaytbay durant la période ottomane.
Francis Choël (Centre d’Etudes alexandrines, Alexandrie) a exposé les « éléments ottomans » trouvés sur le chantier de fouilles archéologiques de la rue Fu’ad.

La cinquième et dernière séance a été consacrée aux bases de données.
Cécile Shaalan (Centre d’Etudes alexandrines, Alexandrie), après une évocation rapide de l’abondante cartographie existante concernant les zones urbanisées aux époques médiévale et ottomane, a présenté un travail en cours, consistant à digitaliser la carte établie lors de l’expédition d’Egypte, et à la superposer sur des cartes postérieures, en particulier les planches du cadastre. Ce document servira de base pour tous les travaux ultérieurs de cartographie pour Alexandrie ottomane.
Sâmih ’Id a présenté la base de données réalisées à partir d’un dépouillement sériel des registres du mahkama d’Alexandrie conservés aux Archives nationales au Caire. Toujours en cours, elle comprend actuellement environ 7000 fiches sur logiciel access correspondant à autant de documents relevés de manière sérielle, une année à intervalle de 25 ans. En outre, un inventaire de l’ensemble des waqfs (environ 500 documents) et des documents relatifs aux waqfs (environ 2000) est en cours d’élaboration. Cette base de donnée est conservée au CEDEJ.

A l’issue de cette réunion de travail, il a été convenu de :
- développer le site web « Alexandrie ottomane » à l’intérieur du site du CEAlex. Il comprendra, outre des informations générales sur le programme « Alexandrie ottomane », une bibliographie et une chronologie.
- publier un premier ouvrage collectif regroupant un certain nombre de sources documentaires fondamentales en osmanli et en arabe avec, pour certains, leur traduction en français.
- tenir un premier colloque en décembre 2004 à l’IFAO du Caire, autour des deux thèmes principaux suivants
1. Alexandrie au XVIIIe et au début du XIXe siècle : réseaux, économie, communautés, institutions
2. Evolution urbaine d’Alexandrie durant l’époque ottomane

Rapporteur : Michel Tuchscherer, coordonnateur du projet,
enseignant chercheur Université de Provence- IREMAM

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